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POUR LES IMAGES SINGULIÈRES, C'EST À SÈTE

Texte & photographies de Jean-Jacques Ader

La cité portuaire, qui affiche en beauté ses trois siècles d’existence, accueille donc jusqu’au 16 Juin, la 11e édition du festival de photographie documentaire. L’ancien collège Victor Hugo tenant toujours lieu d’accueil et d’information, les expositions sont cette année réparties de la gare SNCF jusqu’au théâtre de la mer, de part et d’autre du cadre Royal du canal principal.


Si la totalité des expositions est, cette année, contenue dans le centre-ville, la thématique et la ligne directrice documentaire du festival est toujours affirmée. Depuis la première édition, les regards critiques mêlés à l’appétit visuel des photographes sont de mise. Le décryptage des évènements mondiaux et notre rapport au monde social, politique, économique ou écologique nous sont présentés aux travers de regards aux sensibilités différentes mais toujours impliqués. Sélection non-exhaustive :

Il est des découvertes que l’on aimerait se voir renouveler chaque seconde. Cette impression de simultanément regarder, comprendre et apprécier un travail, et de trouver ça évident. Les images proposées par Yan Ming sont de celles-là. Titrée Country of Ambition, voilà une déambulation dans les différentes provinces Chinoises où il nous dépeint avec finesse et sous la forme d'un noir et blanc laiteux, au format carré, un pays en déséquilibre, qui s’éloigne de son passé mais qui n’a pas encore écrit son futur. La juste distance du regard permet de voir se dérouler des saynètes intimes, énigmatiques, ou aux métaphores poétiques. Photographe reconnu dans son pays, c’est pourtant sa première exposition en France ; avec un livre en préparation chez Xavier Barral, gageons que nous réentendrons rapidement parler de Yan Ming.


Loin de la Chine millénaire, Dubaï a été le terrain de jeux de Nick Hannes, de 2016 à 2018. Le photographe Belge met en évidence les excès surréalistes d’une urbanisation et d’un déballage capitaliste qui confine à l’absurde. Sans tenter de forcer le trait, il utilise habilement le cadrage et fait preuve d’humour pour nous montrer comment un pays sans identité essaye par tous les moyens, et il y en a beaucoup, de s’en fabriquer une. Sa série Garden of Delight fait l’objet d’un livre aux estimables éditions André Frère.


En résidence cette année, Vanessa Winship a donc eu carte blanche pour venir apposer son regard sensible sur les paysages de la Venise Languedocienne et même un peu au delà, le périmètre de travail ayant été étendu. La lauréate du prix Cartier-Bresson 2011 nous donne à voir ses images contemplatives, d’un noir et blanc qui essaime ses nuances de gris sur les corps et les décors. Elle aborde sans s’approcher trop, bords de mer, habitants et végétation avec toujours cette précision pudique et attentive, sans atteindre l’intensité mélancolique de She dances on Jackson, son ouvrage consacré au USA, mais avec une douceur généreuse à laquelle l’ondulation des vagues et des roseaux semblent répondre. L’exposition, dont Christian Caujolle assure avec brio le commissariat artistique, est sertie du joli écrin qu’offre encore une fois la chapelle du quartier-haut, et fait l’objet de la belle édition annuelle du festival par Le bec en l’air.


Bien d’autres choses à voir, dans cette riche version 2019 d’Images Singulières, l’Alaska inédite de Ronan Guillou ; la surexploitation de l’eau du Colorado de John Trotter ; l’implication de Jon Lowenstein dans le South side de Chicago ainsi que Nina Berman, Mathias Depardon, Adriana Lestido, Nicola Lo Calzo, les éditions Essarter, George Selley, et l’agence Noor.
Festival Images Singulières du 29 Mai au 16 Juin 2019 à Sète, entrées gratuites.
Programme détaillé et infos pratiques : https://www.imagesingulieres.com/index.php

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