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MONICA ALLENDE, Le dialogue et la démocratie

Native de Bilbao, elle a étudié les sciences politiques à Londres avant de se lancer à la tête du service photo du Sunday Times magazine. Là, elle a commencé à mettre en pratique sa conception de l’accessibilité des images avant de devenir commissaire d’exposition et consultante indépendante. Succédant à Christian Caujolle elle vient de piloter pour sa troisième et dernière année, la treizième édition de GetxoPhoto au Pays basque espagnol qui se tient jusqu’au 29 Septembre 2019.

Étrangère dans son propre pays, Monica Allende aime explorer de nouvelles contrées, de nouvelles narrations, dans les limites des ressources qu’on lui propose mais pas limitée par son esprit ; comme une urgence d’expérimenter quelque chose. Avant même son arrivée à la direction artistique de Getxophoto, l’identité du festival était d’habiter l’espace public, être dehors c’est son ADN. La recherche de nouveaux espaces, cette idée de réinterpréter le festival, pas seulement le concept, pas seulement les thèmes mais aussi le cadre, c’est son credo.

Déjà, en poste au Sunday Times magazine, mais surtout après son départ, elle a toujours refusé une vision étroite du récit narratif.  Avec un total respect pour le photojournalisme, elle ne se reconnait pourtant plus dans cette association d’une esthétique, d’une règle de travail et d’une méthodologie. Alors en réfléchissant actuellement à son métier, elle s’efforce d’être attentive à une multidisciplinarité des écritures visuelles. Le but est de travailler avec des artistes, des photographes, des reporters d’images ou peu importe comment on les nomme. Ce sont des créateurs avant tout.
Différentes plateformes intéressent la directrice artistique, les mots, l’internet, les livres. Ce sont les véhicules qui vont transporter les histoires à raconter. Elle n’est pas une puriste. Il est très important de comprendre que son travail se défini par des narrations qui reflètent des idées de justice sociale, des questionnements humains et de leurs interactions. Œuvrer autour d’idées spécifiques et concrètes. L’idée, le thème est le point de départ, et ensuite il faut la confier à un artiste qui va arriver à établir un dialogue intéressant, en adéquation avec ce thème.

« Je choisi un thème pour sa pertinence avec le lieu d’exposition, et pour l’écho qu’il y trouvera avec la population. J’aime l’idée d’une thématique inclusive, qui concerne tous les citoyens, et qui puisse les toucher. Par exemple, pour Getxophoto je me suis posé une question simple : où allons-nous ? et j’ai pris conscience que nous étions dans une période de grands changements. De ce point de départ, j’essaye d’approfondir ma pensée , encore et encore ».

Pour elle, la photographie offre la possibilité d’engager un dialogue, une conversation qui sert de déclencheur et qui implique la société, le public. Déclencher une discussion, une analyse, un questionnement.
Passionnée de sciences politiques, elle ne peut pas envisager le monde et les relations humaines sans passer par ce prisme du politique. Après la fin de ses études à Londres elle décide de mettre en pratique ses connaissances dans l’édition, en tant qu’éditrice photo, préférant toujours privilégier l’accessibilité aux images. C’était avant l’ère du numérique. Faciliter l’accès est son idée de la démocratie. Si le monde est complexe, le chemin pour pouvoir le comprendre doit se traduire sous une forme la plus simple et la plus démocratique possible, pour que le dialogue puisse se poursuivre.

« Je suis impatiente. J’aime réfléchir régulièrement à de nouveaux processus, et je ne me retrouve pas, par exemple, dans la rigueur du fonctionnement de l’enseignement. Je pense toujours à la prochaine étape. L’enseignement s’appuie sur des fondations solides, et ces fondations se construisent en regardant en arrière. Certaines personnes font ça très bien, mais moi je préfère dire « pensons différemment ».

Sa troisième et dernière contribution au festival de Getxo accomplie, Monica Allende va s’envoler pour le festival de photographie de Landskrona, en Suède, toujours en tant que conseillère artistique. Elle y aura un moment de dialogue avec l’équipe et comme c’est une biennale, ils prépareront ensemble l’édition de Septembre 2020. Plusieurs autres projets sont en cours, dont elle nous reparlera le moment venu.

Texte et portrait Jean-Jacques Ader

Getxo photo du 4 au 29 Septembre 2019, au Pays basque Espagnol.
Programme détaillé et informations https://www.getxophoto.com/en/

Landskrona foto, en Suède, biennale du 4 au 20 Septembre 2020.
https://www.landskronafoto.org/en/

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